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« J'en suis pas mort » : vraiment ?

« J'en ai reçu des fessées et j'en suis pas mort. »

Cette phrase revient régulièrement lorsqu'il est question de violences éducatives ordinaires.

Elle s'appuie souvent sur une idée proche d'une célèbre citation attribuée au philosophe Friedrich Nietzsche :

« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »

Mais les connaissances actuelles sur le développement de l'enfant nous invitent à nuancer fortement cette affirmation.

Car ce qui ne tue pas ne rend pas toujours plus fort.

Parfois, cela laisse des traces.


Les violences éducatives ordinaires, de quoi parle-t-on ?

Les violences éducatives ordinaires regroupent les violences physiques, psychologiques ou verbales utilisées dans un objectif éducatif.

Elles peuvent prendre différentes formes :

  • les fessées ;

  • les gifles ;

  • les humiliations ;

  • les menaces ;

  • les cris répétés ;

  • les punitions dégradantes ;

  • les paroles blessantes.

Longtemps considérées comme normales, ces pratiques sont aujourd'hui largement remises en question par les recherches scientifiques.


Un enfant ne possède pas le cerveau d'un adulte

Lorsqu'un enfant est confronté à une violence, même légère en apparence, son cerveau réagit comme face à une menace.

Les systèmes de stress s'activent.

Le corps se prépare à se protéger.

Lorsque ces expériences se répètent, elles peuvent avoir un impact durable sur le développement émotionnel et relationnel.

L'enfant n'apprend pas nécessairement ce qu'il a fait de mal.

Il apprend surtout que la personne qui prend soin de lui peut devenir source de peur.


Les conséquences peuvent être invisibles

Le fait de ne pas être mort ne signifie pas que l'on n'a pas été affecté.

Certaines conséquences sont discrètes.

Elles peuvent apparaître des années plus tard.

Les recherches mettent notamment en évidence des liens entre les violences éducatives et :

  • l'anxiété ;

  • la dépression ;

  • les difficultés relationnelles ;

  • la faible estime de soi ;

  • les troubles de la régulation émotionnelle ;

  • certaines conduites agressives.

Bien sûr, tous les enfants exposés à ces violences ne développeront pas les mêmes difficultés.

Mais l'absence de conséquence visible ne signifie pas l'absence d'impact.


« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort »... ou me fragilise

Une épreuve peut parfois permettre de développer certaines ressources.

Mais cela ne signifie pas que l'épreuve était nécessaire.

Un enfant peut devenir résilient malgré les violences qu'il a subies.

Cela ne veut pas dire que ces violences l'ont aidé à grandir.

La résilience se construit grâce aux ressources disponibles autour de l'enfant : des adultes sécurisants, des relations de confiance, un environnement soutenant.

Elle ne justifie pas les violences.


Éduquer sans violence

Aujourd'hui, les connaissances sur le développement de l'enfant nous offrent d'autres pistes.

Poser un cadre ne nécessite pas de faire peur.

Dire non ne nécessite pas d'humilier.

Accompagner un comportement difficile ne nécessite pas de frapper.

L'autorité et la bienveillance ne sont pas incompatibles.

Au contraire.

Plus un enfant se sent en sécurité, plus il est disponible pour apprendre, comprendre et coopérer.


Changer de regard

Lorsque nous affirmons : « J'en suis pas mort », nous parlons souvent avec les connaissances dont nous disposions autrefois.

Aujourd'hui, nous savons davantage de choses sur le développement du cerveau, l'attachement et les effets du stress sur l'enfant.

Cette évolution des connaissances ne vise pas à culpabiliser les parents.

Elle nous invite simplement à faire mieux avec ce que nous savons aujourd'hui.

Parce que l'objectif n'est pas seulement que les enfants survivent à leur enfance.

L'objectif est qu'ils puissent grandir dans un environnement qui favorise leur développement, leur sécurité et leur bien-être.

 
 
 

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